Ces Belles Rencontres Autour du Monde

•Rencontre avec Desak – fondation Pro-Bali

Publié dans PORTRAITS
Desak….quelle femme incroyable, brillante, généreuse, et surtout si touchante ; quel bonheur de l’avoir rencontrée.
 
Desak a 48 ans et travaille pour l’état. Elle est professeur d’anglais. Elle enseigne à l’école de Singaraja dans le Nord de Bali.
Elle a créé il y a plusieurs années sa fondation, Pro-Bali, dont la mission est d’accueillir les enfants de tout âge pour leur enseigner l’anglais, l’informatique et les fondamentaux pour les plus petits. Une aide scolaire essentielle pour améliorer l’éducation des enfants et leur offrir de meilleures possibilités d’évolution : de l’anglais surtout pour les plus grands, qui pour beaucoup s’orientent vers le secteur le plus prometteur à Bali, le tourisme. Tous n’ont pas les moyens d’aller à l’école ou de payer les livres, notamment les plus petits à qui elle enseigne essentiellement l’écriture.
Desak les accueille, les instruit, souvent les nourrit, les aide s’ils ont des problèmes personnels, les conseille ; c’est une mère pour tous ces enfants, oui c’est une mère…et son histoire personnel me révèlera beaucoup sur elle et sur les raisons de cette fondation ; une histoire touchante qui me donne envie de parler d’elle et de toutes ces femmes à travers le monde si courageuses et si merveilleuses, qui tentent d’apaiser leur peine en aidant les autres, qui donnent de l’amour pour oublier qu’elles en ont manqué.  
 
La première fois que je rencontre Desak, c’est à ma guesthouse à Lovina : nous avions prévu de nous voir quelques heures pour parler de la fondation, j’allais le lendemain passer la journée avec elle et ses élèves à Singaraja. Nous avons parlé très longtemps ce soir là, et si les balinaises sont d’habitude très pudiques et discrètes, Desak me raconta pourtant sa vie, ses peines, ses doutes, ses espoirs….et son histoire.
 
Desak a été mariée deux fois. Elle a eu deux enfants de son premier mari. La séparation a été douloureuse, elle a perdu un mari mais surtout ses enfants…Car à Bali, le divorce est toujours défavorable aux femmes : si elles décident de divorcer, elles perdent tout; en cas de conflit c’est à l’homme que revient le droit de garde, quelque soit son comportement et le motif du divorce. Ainsi, beaucoup de balinaises restent souvent avec un homme qu’elles n’aiment plus, qui les trompent ou les traitent mal, tenues par la peur de se retrouver sans rien ni personne.
 
On retira à Desak ses enfants, dont son dernier qui n’était que tout petit à l’époque. Elle ne les voyait que très peu. Un vrai déchirement.
Puis un jour elle rencontra un autre homme, d’origine chinoise, très beau et brillant me dit-elle ; elle était très heureuse. Elle eu à nouveau deux enfants. Mais le schéma semble se reproduire… (Ne faut-il pas se méfier des hommes trop beaux et trop brillants ?)... Il rencontra une autre femme lors d’un déplacement professionnel, et quitta Desak. « Une femme qui doit avoir plus d’argent que moi, d’un meilleur statut social peut être ... », me confie Desak blessée et triste.
Aujourd’hui, Desak a récupéré ses enfants  du premier mariage, elle est seule, et a donc à sa charge 4 enfants. « Financièrement, ce n’est pas toujours facile ».
Sa famille ne l’aide plus vraiment et il est difficile de revenir dans son village, car ici, si une femme se marie en dehors de sa communauté, elle ne peut plus la réintégrer « Je peux aller leur rendre visite mais conne une invitée, plus comme quelqu’un de la famille ; ils n’ont plus de responsabilité vis à vis de moi, ce ne sont donc pas eux qui paieront mon incinération et cérémonie religieuse si je meurs… ». C’est un sujet qui semble l’inquiéter.
 
La fondation, c’est une façon de gérer sa peine, car aider les autres c’est prendre du recul par rapport à sa propre douleur. Elle a perdu l’amour de son mari, mais reçoit chaque jour celui de ses élèves et amis.
Quand je lui ai demandé pourquoi cette fondation, elle m’a confié que lorsqu’elle l’a créée, on venait de lui retirer ses enfants… « Grâce à la fondation, j’avais des enfants à aider, des enfants à aimer… » ; elle me sourie les larmes aux yeux.
 
Ma chère Desak, quand on est mère, on l‘est pour tous les enfants du monde. L’amour d’une mère est inconditionnelle et inépuisable et ton coeur est assez grand pour aimer tous ces enfants.
 
La fondation compte deux emplacements, un à Singaraja où vit Desak, mais aussi un à Patas, où deux personnes gèrent les cours, sur le programme et l’aide de Desak. Un troisième endroit est en projet.
Desak accueille aussi à la fondation des mères célibataires, beaucoup qui comme elle se retrouvent seules avec des enfants, avec peu de ressources et souvent peu d’espoir. Elle m’explique qu’elle ne sait pas toujours comment les aider . Les réunir, les écouter, partager, lui dis-je, c’est déjà beaucoup, elles se sentiront moins seules, moins exclues.
 
 
Le lendemain je passe la journée avec elle et ses élèves à la fondation, et je me rends compte que la fondation est en fait chez elle : elle dédie presque tout son espace à celle-ci. Une salle d’école pour les plus petits, un grand jardin qui accueille les cours d’anglais, une bibliothèque. Les cours d’anglais sont donnés sous forme de cours de conversation, sur un grand tapis dehors au son des oiseaux et au frais des arbres. J’assiste au cours : les élèves sont tous très appliqués malgré l’ambiance détendue et conviviale.
 
 
 
 
Je suis accueillie avec beaucoup de chaleur et de curiosité, tous les élèves viennent me parler, heureux de rencontrer une étrangère et de pratiquer leur anglais.
 
La plupart viennent après les cours, dès qu’ils peuvent pour travailler leur anglais. Ils ont compris que cela était la meilleure voie pour réussir dans le tourisme et essayer de gagner leur vie. Les motivations de la réussite ici ne sont pas les nôtres : le plus important pour eux est d’aider leur famille à manger et vivre, de faire la fierté des leurs, de s’ouvrir au monde.
Ces enfants ont soif d’apprendre et s’intéressent à tout. Me voilà donner un cours à Widi sur la révolution française et sur la deuxième guerre mondiale.
La France est pourtant si loin d’eux et de leur culture, mais ils veulent savoir, comprendre. Ils n’ont jamais quitté leur région, pourtant la fabuleuse fenêtre que représente aujourd’hui Internet ou la télévision leur montre des choses sur le monde, des images d’ailleurs, avec un fantasme de voyage qu’ils accompliront peut être un jour me confient-ils tous (autant vous dire que ma situation de « tourdumondiste » est un concept qui leur paraît complètement fou). Ils n’ont jamais quitté le nord de Bali, mais ils me parlent tous de la Tour Eiffel, de Zidane et de Thierry Henri (dans cet ordre….et oui, que des footballeurs, pas de politiciens), et de Justin Bieber ! mais lui n’est pas Français.  
A la fin du cours d’anglais, un des élèves se met au piano, et nous chantons tous des chansons en anglais. La musique fait partie de l’enseignement que veut donner Desak, c’est une manière d’apprendre la langue et de partager de bons moments tous ensemble. Elle a raison, la musique apporte toujours beaucoup de joie.
 
Chez elle, c’est un peu « la maison du bonheur » lui dis-je en rigolant à la fin de la journée. Elle reçoit plus de 65 élèves, aidée par de jeunes professeurs bénévoles. Certains sont comme ses enfants, ils mangent avec elle, l’aident à la maison et elle parle beaucoup avec eux.
Elle accueille aussi très souvent des occidentaux, beaucoup d’anglophones, qui dorment chez elle et qui en échange donnent des cours d’anglais aux enfants. Elle aime avoir du monde chez elle, c’est une mère avec famille nombreuse. Et cela lui va bien.
 
 
 
 
 
Quels sont maintenant tes projets Desak ?
« J’ai acheté un terrain près de la mer, je voudrais créer un endroit d’accueil encore plus grand », pour des enfants, pour des étrangers, pour des mères célibataires, pour tous ceux qu’elle pourrait aider.
Je l’encourage, c’est une idée formidable.
Il faut qu’elle ait assez d’argent pour le faire me dit-elle, mais elle veut le faire.
Et je suis de tout mon cœur avec elle.
 
Desak m’a dit que certains des mes articles sur d’autres personnes rencontrées autour du monde et leurs projets lui avaient donné de l’inspiration et l‘envie de développer davantage sa fondation. J’en suis heureuse. Et j’en suis sure, son projet se fera.
 
Je crois que Desak n’a pas perdu l’amour d’un mari, elle a plutôt rencontré sa destiné, celle d’aider les autres ; elle a des choses à accomplir et l’amour lui reviendra deux fois plus fort, de ses élèves et amis mais aussi bientôt d’un autre homme, qui l’aimera et la respectera profondément, un amour à la hauteur de l’incroyable femme qu’elle est. C’est ce que je lui ai dit en partant, car je sens qu’elle est meurtrie et qu’elle a pourtant de grandes choses à réaliser. Il faut parfois juste souffler sur la braise pour la raviver.
 
Alors, chers amis, si certains d’entre vous voulez aller à Bali et donner du sens à votre voyage, allez voir Desak et ses élèves. Vous pourrez dispenser quelques cours d’anglais (ou de français) dans la fondation, leur apprendre tout sur votre pays, leur jouer de la musique ….bref, donner un peu de vous.
Et vous verrez, ce seront surtout eux qui vous feront un merveilleux cadeau.
 
 
 

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Publié à 11:58, le 23/04/2012, Singaraja
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• A la découverte du “vrai” Bali

Publié dans LES NEWS

Bali est un vrai petit paradis, une île où tout est beau, bon, zen, où les gens vous sourient et vous respectent. Les paysages sont incroyables, entre plages, rizières et jungle, vous voguez au grès de vos envies. La vie s’écoule en douceur, au rythme des vagues, des chants et cérémonies hindouistes. Des fleurs multicolores en offrandes aux dieux, de l’encens qui brûle, le son du gamelan, le bruit de la mer tranquille, le rire des enfants, les plaisirs voluptueux des spas, le raffinement des mets, la beauté de l’art ……tout vous enveloppe et vous charme, vous êtes plongés dans un état de bien-être et quiétude extrême, vous êtes heureux.

Le seul risque de Bali : ne plus vouloir en partir… !
 
Mais voilà,  cette beauté et tranquillité oh combien si abordable n’est malheureusement plus un secret pour personne, et l’île est aujourd’hui une des destinations phare du tourisme asiatique et même mondial (et le best seller « Eat Pray Love » d’Elizabeth Gilbert a du également ameuter les foules (je vois à Ubud des cocktails ou menu « Eat Pray Love » sur les cartes !) ; beaucoup de touristes, trop de touristes me risquerais-je à dire, avec les risques que cela peut entrainer : la perte de leurs traditions, le changement de comportement et de moral des locaux, un tourisme de masse qui peut détruire les si jolies côtes et sites encore préservés, sans parler de la multiplication des plats allemands ou américains sur les cartes (non je ne viens pas à Bali pour des Schnitzels ou une choucroute….et oui, j’ai peur que le hamburger ne détrône bientôt le Nasi Goreng…et… ,c’est bien un Starbucks Coffee que je vois dans la rue principale d’Ubud ?….) mais que se passe t-il ? Allons nous perdre le Bali traditionnel, celui qu’on aime, qui nous dépayse, qui nous ravit ?
 
Bon, si Kuta et quelques autres plages du sud sont définitivement perdues dans une masse d’australiens fêtards et soulards, et que Ubud, mon endroit pourtant adoré, devient un peu « bruyant », il reste encore beaucoup d’endroits fabuleux : le « vrai » Bali, notamment celui que j’ai découvert avec bonheur ces jours-ci, le Bali du Nord, la région de Buleleng, the «  green Gold » : celui des villages traditionnels, où personne ne parle anglais et les enfants sont encore émerveillés devant un appareil photo, le Bali des montagnes, des lacs, des chutes d’eaux et des plages de pécheurs. Le Bali des traditions, tranquille, vert et dépaysant.
 
Quelques uns de mes moments forts :
 
Lovina, 6h du matin : une balade en bateau de deux heures sur l’océan pour voir le magnifique levée du soleil, et les dauphins qui nagent autour de vous …(donc oui, cela vaut la peine de se lever à 5.30 du matin, promis…d’ailleurs, vous ne le savez pas, car vous dormez encore, mais il se passe toujours des choses incroyables à 6h du matin)
 
 
 
 
 
L’Ashram bouddhiste Brahma Arama Vihara : en haut de la montagne dans la végétation, un havre de paix : il n’y a presque personne, moi et mon amie Desak, un moine heureux et souriant qui nous salue, un Indonésien en retraite spirituelle avec qui nous parlons de voyage, une européenne très sympa qui est là depuis une semaine... mais ne veut plus en partir. Le site est très beau, l’atmosphère apaisante et bienveillante, j’ai comme une envie d’y rester des heures et méditer.
 
 
 
 
 
 
 
 
Munduck, un très beau village dans la montagne et la végétation.
Une légère brume couvre les montagnes, les vues sur les rizières sont magnifiques ; il fait frais ici, on y est bien ; et bien sur les gens, authentiques, souriants et tellement accueillants.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sembiran, un des plus anciens villages de Bali, sur une colline à 30 km de Singaraja. On y trouve encore des maisons traditionnelles, et la façon de vivre ici est la même qu'il y a des centaines (voir milliers) d’années. Sites archéologiques, mégalithes, cascade magique, tout est croyances et superstitions ; un endroit bien caché, où ne vont pas les touristes, d’ailleurs aucun guide n’en parle...dommage, l’endroit est plein de charme et les villageois très attachants.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les alentours des lacs, Buyan, Tamblingan puis un peu plus loin Batour, pour la beauté des lieux; les villages indigènes, pour la gentillesse des villageois.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Malheureusement, un des villages que l’on visite a été enseveli sous les eaux il y a une semaine, la moitié a disparu dans le lac. Ils ne veulent pas aller vivre ailleurs, malgré ce que demande le régent de la région qui voit d’un mauvais oeil « l‘occupation » des lacs par ce peuple et le tort qu’ils pourraient causer au paysage ou à l’environnement; « c’est chez nous » me disent ils, « nous attendrons que les eaux redescendent, même s’il faut trois ans. ». Les villageois sont tous regroupés dans les seules maisons qui ont survécu à l’inondation, dans des conditions précaires et d’hygiène douteuse, mais ils s’entraident, partagent tout, « nous sommes tous une grande famille, on ne manquera de rien tant que nous serons  ensemble ».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Nord, ce sont toutes ces jolies rencontres de villageois, hommes et femmes humbles, souriants et en paix. Loin des côtes et tourisme de masse, ils vivent tranquillement, entre cérémonies religieuses, culture des champs et artisanat.
Beaucoup de moments touchants. Un foot improvisé avec les enfants du village, une prière au temple avec une famille qui m’accueille, cette petite mamie édentée aux yeux rieurs qui m’envoie des bisous de loin quand je repars…
 
 
 
 
 
 
 
Chaque portrait est une rencontre, une histoire, un échange plein d'émotion ou de rire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
J 'AIME Bali
 
 
 

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Publié à 08:20, le 21/04/2012, Bali
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•Car il n'y a pas de hasard...

Publié dans LA PENSEE DU JOUR

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ».

Paul ELUARD

 

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Publié à 12:04, le 15/04/2012,
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•Voyage dans le « Dreamtime » Aborigène -Darwin, Australie (chapitre 2)

Publié dans PORTRAITS

Rencontre avec Robert Mills

Robby : une autre belle rencontre. Je l'ai rencontré lors de mon dernier jour à Darwin. Et peut être l’avez vous déjà constaté, c'est souvent sur les derniers jours de votre voyage que se passent les choses les plus incroyables; et bien, c'est précisément ce qu’il m’est arrivé.

Robert est un Aborigène, un des propriétaires ancestraux de Darwin, terre du peuple Larrakia. Il a créé il y a  quelques années l’entreprises Batji, afin de réaliser un vœux cher : partager sa culture. La mission  principale de Batji est de préserver et promouvoir la culture Aborigène et les langues de cette région : organisation de tours culturels, bénédictions traditionnelles, valorisation de l'art et de la musique Aborigène, ainsi que la préservation des langues.

Entendre son histoire est fascinant et donne l'espoir pour tous les indigènes du monde entier. Il nous montre qu'il est possible de vivre dans une société moderne en préservant et perpétuant les croyances de nos ancêtres. Il nous montre que nous avons beaucoup à apprendre des peuples indigènes et que si les sociétés occidentales se montraient un peu plus humbles, elles pourraient voir que certaines réponses à cette crise sociale, spirituelle et environnementale que nous subissons, pourraient bel et bien se trouver dans les histoires et les valeurs de nos ancêtres.

 

Robert Mills est né à Darwin en 1966. Il est né Larrakia, Kungarakan, Mayali, Yangman, Jawoyn, Gurrinji (plusieurs groupes tribaux d'Australie du Nord). Comme tout Aborigène, il a hérité de la culture de ses grands-parents, qui ont déterminé ce qu'ils appellent son 'Pombah' (la trace ou le chemin que l'homme doit parcourir dans sa vie). Il fut profondément marqué et influencé par l'un de ses grands-pères, un Malak Malak/Kungarakan, souvent décrit comme un homme intelligent et « magique », grandement estimé par tous les autres groupes Aborigènes rencontrés lors de ses voyages. Il a appris à Robert l'importance de tout apprendre sur nos racines et de ne jamais oublier notre langue et culture ancestrale. Et c'est exactement ce qu'il a fait.

Sa jeunesse fut « un numéro d'équilibriste, grandissant dans les premiers jours de Darwin, jouant beaucoup de sport de compétition", particulièrement le basket-ball, qui l’amena jusqu’ à Adelaïde jouant pour les Panthers. "Adelaide était un vrai choc culturel pour un garçon Aborigène de Darwin. J'ai dû apprendre la façon de vivre du courant dominant Australien, tout seul loin du support de ma famille et ma culture". L’Adaptation…mais sans jamais perdre son identité. "Pendant toutes ces années j'ai toujours eu besoin de retourner au pays et de voir le peuple Aborigène. J'ai vécu dans des îles, dans le désert, ai visité des montagnes, des plaines et diverses terres sacrées. Je rencontrais les indigènes, apprenant leurs cultures et leurs langues. En 1995, j'ai décidé de revenir à la maison et me concentrer sur le maintien, la préservation et la promotion de la culture de mes ancêtres". Pendant qu’il travailla sur les problématiques de santé mentale des indigènes à l'École Menzies de Darwin, Robert écrit un livre et produit un CD ROM interactif dans la langue de sa mère, le Kungarkan, mais il travailla aussi sur le premier dictionnaire Gurinji, publié par MacQuarrie. En 1995, il prit la présidence de la Fédération FATSIL (Federation of Aboriginal and Torres Strait Islander Languages) et élu directeur de comité de direction de du l'Institut Australien de Langue nationale et d'Alphabétisation (NLLIA). Impliqué dans la politique et les affaires locales, il est aussi consultant au Conseil du Territoire Nord, à l‘AAPA (Aboriginal Area Protection Authority) et au gouvernement de Territoire du Nord. Une façon de défendre sa culture et ses peuples… .de suivre son « Pombah ».

« Grandissant comme un enfant Aborigène pendant les années 1970 en Australie n'était pas facile. J'ai éprouvé la privation, la discrimination, l'institutionnalisation et l'oppression religieuse. Mais j’ai aussi connu la grande bonté et l'aide de certaines personnes non-aborigènes." La discrimination envers les Aborigènes est toujours un grave problème dans le pays. Le fait d’avoir été en  Territoire du Nord m'a fait comprendre à quel point la situation était complexe et fragile. Après des années de lutte, les Aborigènes réussirent à obtenir la reconnaissance de leurs terres et de leurs droits. Cependant, cette acceptation ne semble pas toujours sincère. Comme dans beaucoup de pays du monde qui ont connu la colonisation, les peuples indigènes sont souvent « coincés » entre leurs traditions perdues et une société moderne qui les rejette…perdant leur identité dans une vie qui peut bientôt devenir vide de sens.  

Entre le mal fait à son peuple dans le passé et la rencontre sur son chemin de gens bons, Robert s’est construit sa propre philosophie de la vie : « Je suis enclin à pardonner, mais je ne peux pas oublier. J'ai une responsabilité envers mes ancêtres de ne pas les oublier et parler d'eux à mes enfants et autres personnes qui sont intéressées".

Ses responsabilités culturelles et toutes ces connaissances ont poussé Robert à créer Batji Entreprise, qui signifie 'bons' et-ou 'bonjour' dans la langue Gulu-Mirrigin. « Mon peuple était un peuple bon. Je veux continuer cette tradition et  apprendre aux touristes ou locaux plus sur mes ancêtres.  La paix, l'amour et la tolérance pour toute l'humanité est ce que je désire le plus."

Robert n'est pas seulement un linguiste et un défenseur engagé de son peuple; c’est aussi un artiste et un musicien, jouant aussi bien du didgeridoo traditionnel que du rock ou de la soul. C’est une personne très joyeuse et altruiste, un homme au grand cœur, un homme passionné.

 

Grâce à Robby, j'ai eu la chance d’assister à une conférences des plus passionnantes, la Conférence sur le Tourisme Indigène en zone Asie Pacifique, un événement majeur pour le secteur, mais surtout pour tous les peuples indigènes. Je n’aurais jamais pu imaginer me retrouver au milieu de cette illustre réunion ce jour là, mais la vie vous amène toujours là où vous devez être, le destin, notre « Pombah »,  et c'était exactement là que j’avais besoin d'être, écoutant ces  gens brillants et inspirants, qui travaillent sur des façons de perpétuer les traditions et cultures indigènes dans le monde. Tous ensemble, ils construisent un tourisme plus authentique, éthique et social. Et grâce à leur ouverture d’esprit, leur connaissance et leur formidable engagement, ils feront sans doutes changer les choses. Le respect de l'Autre et de la Nature, l'Amour, la Parenté/le Lien, la Gratitude … voici les mots qui ont été soulignés, ce sont les valeurs que partagent les indigènes dans le monde entier, ce sont les principes que nous avons beaucoup perdus et devrions regagner.

Ce fut une vraie révélation : j'ai aimé et j’ai été touchée par chaque discours et mot prononcés ce jour là, un sentiment étrange de devoir rejoindre cette cause d’une manière ou d’une autre. La Déclaration Larrakia pour le Tourisme Indigène a été écrite et votée ce même jour (et quelle incroyable expérience de pouvoir me trouver dans la pièce à ce moment là…) : une étape majeure pour le tourisme et pour droits indigènes.

Quel jour étonnant. Merci Robby, je te dois tout cela.

Quel sentiment fabuleux de se sentir évoluer, de se révéler à travers cet incroyable voyage autour du monde, et de me rapprocher petit à petit de qui je suis vraiment


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Publié à 09:02, le 9/04/2012, Darwin
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•Voyage dans le « Dreamtime » Aborigène -Darwin, Australie (chapitre 1)

Publié dans PORTRAITS

 "Ils disent que nous sommes ici depuis 40 000 ans, mais c'est beaucoup plus - Nous sommes ici depuis le début des temps.

Nous sommes venus directement du « Dreamtime » de nos ancêtres créateurs - Nous avons su garder la terre comme elle était au premier jour.

Notre culture est fondée sur la mémoire des origines de la vie."  (citation Aborigène)

 

 
 
L'Australie est un pays magnifique, doté d’une nature et de paysages incroyables. Pourtant, même après plusieurs semaines de voyage, je ne trouvais pas d’expériences ou de personnes qui me donnèrent envie d’écrire. Rien de « nourrissant », rien à partager. Je me suis desséchée comme les déserts rouges de l’ « out-back » australien, rien ne semblait vraiment m'inspirer ou me toucher. Jusqu’à ce que j’arrive à Darwin, en Territoire du Nord. Et c'est là que mon cœur s’emballa de nouveau. J’y ai rencontré des gens profonds et spirituels, appris tout des traditions et croyances aborigènes, découvrant des terres aussi belles que sauvages, sacrées et puissantes, empreintes d’une forte culture indigène. J’étais à nouveau inspirée. Les pages blanches soudainement se remplirent.
Voici certaines rencontres très touchantes réalisées lors de mon voyage à Darwin, des portraits et des réflexions que je voudrais partager.
1.    1Rencontre avec Clarry :
« Nous ne possédons pas la terre, la terre nous possède.  La terre est notre nourriture, notre culture, notre esprit et identité » (citation Aborigène) 
Clarry est un Aborigène ; je l'ai rencontré à Darwin, par hasard, j’attendais une amie, au frais sur un banc ombragé de la ville. Il vient de la communauté indigène de Ngalia, à plusieurs centaines de kilomètres de la ville, au milieu du bush.  Il est venu à Darwin pour rencontrer des gens et parler de sa communauté. Il voudrait faire partie d'un programme de tourisme indigène. Même s'il sait que son village est très loin de la ville, il est sûr qu'il y a beaucoup à découvrir là bas pour des étrangers et il voudrait partager son savoir et ses traditions avec eux. Clarry ne vient pas souvent à Darwin, juste quand cela est nécessaire, et l’on peut tout de suite voir que ce n'est pas son environnement habituel. D’ailleurs, aujourd’hui il porte un t-shirt et un short : "nous sommes obligés ici"; dans sa tribu, ils ne portent pas de vêtements… "Mais si je viens à moitié nu à la ville, il se peut que la police ne soit pas très contente ! Tu ne crois pas ? », me dit-il riant à pleines dents. C’est sûr. (C’est un homme très gai).
Il est parfois étrange de se dire que ces gens peuvent être un jour perdus dans le bush, nus et recouverts de peintures rituelles, chantant autour d'un feu et d’un didgeridoo…et le jour suivant être dans la ville avec un polo, une paire de Nike et un téléphone portable dans la main! En effet, malgré l'énorme perturbation culturelle causée par la colonisation, couplée avec la vague d'industrialisation et le développement qui a suivi, la culture aborigène a ici survécu comme une tradition vivante dans l'âge moderne. Et c'est sûrement ce qui fait de ces endroits des lieux si spéciaux et fascinants, même si les tensions sociales sont, par conséquent, nombreuses.
Clarry me parle de son village et de sa culture : de la chasse, du tissage des femmes, des cérémonies, de l'importance de l’art et de la musique (et notamment du Didjeridoo comme instrument sacré).  Pour eux, le principe le plus essentiel est le respect de la terre et la nature. Les hommes semblent souvent prendre tout pour acquis : l'eau, la nourriture, le soleil…ils "prennent", mais ne rendent pas en retour. Notre peuple sait que nous devons rendre ce que l’on nous donne; tout ce que la nature nous apporte est un cadeau, nous devons être reconnaissants et protéger cet environnement."
Cela m'a fait réfléchir. L'homme, dans nos sociétés modernes, a il est vrai perdu la notion de sacralité de la nature, et oublié cette idée essentielle que nous sommes tous liés les uns avec les autres à travers elle. «  Kinship » (la Parenté, ce qui nous unit tous les uns aux autres), une des principales valeurs indigènes que nous devrions nous remémorer. Nous commençons maintenant à réaliser les ravages que nous avons fait subir à notre planète. A force de désacraliser la nature nous avons petit à petit abimé notre environnement. Je me demande parfois si cela est trop tard.
Nick Hunt, un journaliste anglais et auteur de fiction, a écrit un article très intéressant sur cette perte de croyances vis à vis du sacré, notamment celles liées aux sites naturels sacrés des indigènes et les conséquences sur notre environnement et écosystème." La culture occidentale a dans son ensemble rejeté le concept de vénérer les plantes et les arbres dont dépend sa survie. La nature est vue comme une marchandise à valoriser et exploiter, plutôt qu'une force mystérieuse intrinsèquement digne de respect. Les esprits de la forêt et dieux des fleuves semblent aujourd’hui êtres des concepts aussi loufoques que des lutins ou hobbits, et le peu de sites sacrés qui existent encore sont devenus des îles de superstition dans un monde rationnel, fondé sur le profit. Ce n’est qu’une question de temps avant que ces sites ne disparaissent entièrement."  Cependant, nous savons maintenant que ces croyances en un esprit de la Nature et son adoration ont permis de protéger notre planète et écosystème pendant des milliers d'années. " Aujourd’hui plus que jamais, la société a besoin d'une nouvelle notion du sacré. Loin d'être un concept désuet - une régression à un âge ancien - la redécouverte de notre respect ancestral pour la nature peut s’avérer essentiel pour notre future survie. La science doit se fonder sur la spiritualité pour faire en sorte que notre environnement redevienne sacré à nouveau – non pas pour le bien des esprits et des dieux, mais pour nous garantir un avenir."   Et, j’ajouterai à cela, si ce n’est la " Foi ", puisse au moins la notion de "Respect" nous aider à préserver ce qu’il nous reste. 
 
 
2       2. Rencontre avec Patrick :
« Nous sommes tous des visiteurs de ce temps, de cette terre. Nous ne faisons que passer. Notre mission est d’observer, d’apprendre, de grandir, d’aimer... puis de retourner d’où nous venons » (Citation Aborigène)
 
 
J'ai rencontré Patrick le jour de ma visite à Litchfield, un très beau parc national à une heure de Darwin. Il était notre guide, et quel guide incroyable. Il a totalement changé mon avis sur le Bushmen Australien (je dois admettre que j'avais des idées préconçues). Patrick a un look amusant à la  "Crocodile Dundee", un peu sauvage, il est nu-pieds, a de longs cheveux, un couteau à sa ceinture. Il a effectivement chassé le crocodile pendant plus de 20 ans, et j’ai appris grace à lui beaucoup de choses sur ces adorables créatures.
 
Il connaît tout de la nature environnante : les arbres, les fleurs, les animaux, les insectes, des baies et buissons empoisonnés jusqu’aux plantes magiques pour guérir les plus graves maladies. Mais surtout, Patrick sait tout des traditions et croyances aborigènes. Et derrière cette apparence de bushman sauvage et bourru, se cache un homme très sensible et spirituel. Il nous raconta des histoires ancestrales aborigènes, celles qui parlent de respect, d'amour pour la nature et les dieux, de rituels, d'art, de symbolisme et de rêves. La raison pour laquelle il connait tant de choses sur les Aborigènes, est qu'il a été élevé avec eux : un enfant blanc dans les bras de nourrices indigènes à la peau sombre. Ses parents étaient blancs mais ont adopté des Aborigènes et ils ont tous vécu dans une communauté indigène. Peau blanche ou peau noire, ce n’était pas important, ils étaient tous ses frères et soeurs et ils partageaient les mêmes valeurs et même respect de l’autre.
On peut sentir que Patrick est quelqu'un de spécial, une vieille âme, avec une aura lumineuse.
C’est une belle personne, dotée d’un grand coeur.
 
Nous avons parlé de la religion et des cérémonies aborigènes. Aujourd’hui, les cérémonies jouent toujours un rôle primordial dans la vie Aborigène. Celles-ci prennent la forme de chant, de danse ou autres actes rituels pour invoquer les ancêtres créateurs et s’assurer d’avoir assez de nourriture ou de pluie. Les cérémonies les plus importantes sont liées au passage des garçons et des filles dans l'âge adulte. De telles cérémonies durent parfois des semaines, avec chant nocturne et danse, récit d'histoire et revêtement de peinture corporelle, décoration, et objets cérémoniaux. Une autre fascinante cérémonie est celle liée à la mort d'une personne : quand les Aborigènes se peignent blanc, coupent leurs propres chair pour montrer leur peine de perdre l’être aimé. Ils exécutent une série de rituels, de chansons et de danses pour assurer que l'esprit de la personne quitte l’endroit et retourne à son lieu de naissance, où il sera plus tard réincarné. Patrick nous parla les différents rites liés à l'enterrement des corps, puis du deuil, soulignant l’essentiel respect des ancêtres (chez les Aborigènes, vous ne pourrez prononcer le nom de la personne décédée avant au moins trois ans).
 
Patrick partagea ensuite ses pensées sur la vie et la mort. Puis à ce moment,  quelque chose se passa : perdu dans le flot de ses paroles et de ses émotions, son coeur se serra, une brèche s’entrouvrit tandis qu'il commença à parler de sa propre expérience de la mort : il avait seulement 11 ans…. un accident, une maison en flammes, des gens qu’il tenta de sortir du brasier, des cadavres tout autour... Il pleurait presque, répéta plusieurs fois les termes de respect, de mémoire et de paix. Le sujet avait ouvert une plaie profonde, il semblait bouleversé et fragile, malgré lui, cela n’était pas prévu au programme de la visite... Je ne sais pas pourquoi il s‘est ouvert à nous ce jour là, et ce qu’il s’est passé.
Rapidement, Patrick essaya de se reprendre et changea de sujet ; il reprit ses explications et retrouva son ton serein et pédagogue.
 
Ce moment amena beaucoup d’émotion à la fin de notre tour. Nous étions tous muets, touchés et pensifs… comme si, à cet instant, chacun méditait sur ses propres croyances liées la mort ;  la nature qui nous entourait me sembla encore plus mystique.
Merci Patrick pour cette journée extraordinaire, merci d’avoir partagé ton savoir, tes histoires et tes émotions. Nous n’avons pas simplement vu des crocodiles et des magnifiques chutes d’eaux ce jour là ; nous avons fait l’expérience de cette incroyable force que portent les terres aborigènes : un moment suspendu dans le temps, profond et spirituel où nous nous sentions tous intrinsèquement reliés à la Nature et aux autres. 

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Publié à 12:18, le 7/04/2012, Darwin
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Un an autour du monde, 11 pays et une soif immense de découverte et de partage. A travers cette passion dévorante du voyage, c’est surtout la découverte de l’Autre qui m’anime : ces rencontres incroyables qui vous bousculent, vous bouleversent et vous transforment à tout jamais . Ce sont donc toutes Ces Belles Rencontres faites sur mon chemin que j’aimerais mettre en lumière : entrepreneurs sociaux, membres et bénéficiaires d' associations et d'ONG, ou simples citoyens du monde, j' aimerais parler de ces rencontres qui me touchent, qui me questionnent, et surtout qui donnent de l'espoir à tous ceux qui comme moi croient en l'Homme et en sa capacité à changer les choses.

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